Martha Jungwirth, l’éclatante présence à la galerie Thaddaeus Ropac

Il y a du Basquiat, du Cy Twombly et du Francis Bacon chez Martha Jungwirth, mais il y a surtout une signature aérienne et intuitive d’un moment avant le présent, d’une saisie avant la chose, avant le langage.

Martha Jungwirth pose sur ses cartons des gestes furtifs, parfois à la main, des formes tendues et fines, des morceaux de matière semblables à la chair, au sang.

L’espace vide qui entoure les figures est vaste, comme si des presque objets peints sur la toile étaient là uniquement pour faire voir le rien. Car c’est bien de « rien » qu’il s’agit. Yann Fache, philosophe, a théorisé le « quelque chose ». On peut dire à la suite de ses travaux que s’il y a là quelque chose à venir puis la chose advenue, le rien est la condition de possibilité de la chose. C’est bien dans le rien que le quelque chose devient chose. Ainsi c’est le frottement du quelque chose au rien qui produit des étincelles capables de produire un objet ou du vivant, peu importe.

Martha Jungwirth se situe au moment où naît la possibilité d’être, au moment où le rien se révèle, prêt à se remplir où à redevenir vide. Cette naissance à l’être est donc aussi une mort, si rien ne se produit. Naissance, mort : Martha Jungwirth se situe à la limite du langage, là où dire existe à peine.

Cette expérience est une rencontre du vide et de la chair écorchée, du vivant comme une griffure. Si Martha Jungwirth admire Cy Twombly, on observe que ce dernier est plus intellectuel sur la toile que la peintre autrichienne. Elle, se jette d’une façon tribale sur des supports bruts, le tout évoque des peintures rupestres.

Sur certaines toiles, des jets de peinture qui font penser au dripping viennent dessiner l’espace avec force et précision. Traces de l’au-delà du dessin, d’une continuité du geste créateur, ils révèlent avec force l’espace vide qui sature nos perceptions.

Revenir aux origines, dans le lien qui unit l’ineffable et le dire, cet instant que seul le soupçon ou l’intuition peuvent saisir, voilà l’expérience étourdissante et éclatante que propose la galerie Thaddaeus Ropac.

Jonathan Chanson – 26 septembre 2021

Rencontrer la peinture // L’émotion rouge // De lettres minuscules // De graffitis d’enfants // Les pleurs // Au détour d’une cimaise // L’enfance des musées // L’absence comblée // Dans le geste élégant // Des pigments du feu

Jonathan Chanson